Je vais essayer de parler un peu de mon pays…où je suis né il y a près de 70ans…et où je vis.

Il y a longtemps, j'ai essayé dans des débats de défendre les feuillus contre l'enrésinement… Il n'y a rien à faire.

Les feuillus alors étaient majoritaires, 55 %, mais ne rapportaient rien, que du bois de chauffage. Il n'y avait pas de récupération de déchets bien sûr.

Les seuls acteurs actifs, et ça n'a pas changé, étaient les enrésineurs en douglas. Ce sont eux qui avaient l'argent, et les subventions en plus.

Ils ont planté partout, en commençant par les vieilles pâtures abandonnées lors de la déprise agricole, et oubliées par l'exode rural.( Vieilles prairies extraordinaires pour les entolomes, hygrophores, géoglosses…)

Le douglas est phénoménal, il fait de belles futaies là où les chênes centenaires étaient rabougris. Il fait aussi des sous sols stériles et extrêmement pauvres en espèces de champignons.

 La surface forestière a crû, et les résineux sont passés à 55% contre 45 aux feuillus.

Les exploitants ont maintenant des aides pour planter des feuillus… Ils plantent encore du douglas, et quand on leur impose de ne pas dépasser certaines surfaces, ils font ça progressivement, en finissant par coller de petites parcelles ensemble sur plusieurs années. Ils couvriront les collines quand même.

Les problèmes avec l'épicéa n'ont pas arrangé nos affaires. Bois riches en champignons, ils ont été massivement coupés suite au dépérissement de l'espèce, et replantés… en douglas… Quelques sapins nous sauvent un peu la diversité, mais ils sont peu nombreux.

Une scierie s'est installée à Autun, qui débite du bois du Morvan. Et la biomasse merveilleuse nettoie tous les sous-bois, supprimant les lignicoles, les saprophytes saprotrophes. L'abandon des places à feu nous avait déjà privé des espèces carbonicoles...

Je ne crois pas qu'on s'en sortira. La biodiversité fongique n'intéresse personne. Seuls comptent ceux qui rentabilisent la nature, par l'exploitation, le tourisme, les loisirs à la mode. Les expositions de champignons mettent un peu de couleur "localement", et permettent aux promeneurs de s'étonner, comme devant des ânes dans un pré.

Nos inventaires locaux n'intéressent que nous.

Un paysage ne peut pas se défendre, ni être défendu. 

Vive l'utopie et nos rêves, pour quelques années encore.

jean pierre